ARCANE 97 :

Le Suicide de l'Europe

Extrait d'Arcana Dei

" Sans confiance dans l’avenir, il n’y a plus d’élan pour bâtir, créer et avancer"

  1. La guerre de Sept Ans (1756-1763) est le dernier grand conflit de l’Ancien Régime impliquant presque toutes les grandes puissances européennes. C’est un conflit mondial qui se déroule en Europe, en Amérique du Nord, dans les Caraïbes, en Inde et sur les mers. Elle consacre surtout la montée en puissance de la Grande-Bretagne et de la Prusse, tandis que l’Autriche perd des territoires et s’affaiblit, et que la France y perd l’essentiel de son empire nord-américain et recule fortement en Inde.
  2. Pour la France, la guerre n’explique pas à elle seule la Révolution de 1789, mais elle aggrave fortement les problèmes financiers de la monarchie. Fait décisif, l’aide française à l’indépendance américaine ajoute encore à cette crise budgétaire. Du côté britannique comme du côté français, la dette de guerre devient un facteur majeur de déstabilisation politique à la fin du XVIIIe siècle.
  3. La guerre de Sept Ans ouvre donc une chaîne de conséquences : accroissement des rivalités européennes ; affaiblissement financier de la France ; crise de la monarchie française ; Révolution française, puis guerres napoléoniennes. L’indépendance puis la consolidation des États-Unis entraînent une diminution de la puissance britannique. Par la suite, l’occupation napoléonienne affaiblit les empires ibériques, ce qui permet l’indépendance de nombreux pays d’Amérique latine au début du XIXe siècle.
  4. Les révolutions de 1848 touchent la France, les États allemands, l’Italie et l’Empire d’Autriche. Elles expriment à la fois des aspirations libérales, sociales et nationales. Même si elles échouent largement à court terme, elles montrent que l’ordre européen restauré après 1815 est fissuré par la question des nations, la question sociale, la crise des monarchies et la montée des masses politiques. L’Europe y apparaît ainsi déjà incapable de stabiliser durablement sa propre puissance : elle domine le monde, mais elle est minée de l’intérieur.
  5. Le jalon décisif se situe entre 1870 et 1871 : la guerre franco-prussienne se termine par la défaite française, la proclamation de l’Empire allemand, et surtout l’annexion de l’Alsace-Lorraine par l’Allemagne. Cette perte nourrit en France le revanchisme, la volonté de récupérer les provinces perdues. C’est un moment clé, car il installe au cœur de l’Europe une rivalité structurelle entre la France et l’Allemagne. À partir de là, l’Europe se trouve dominée par la montée en puissance de l’Allemagne unifiée, sa peur de l’encerclement, la rigidité des alliances et l’exacerbation des nationalismes. Ainsi, la période de 1870-1871 prépare le terrain psychologique et stratégique de 1914.
  6. Puis vient la période de 1914-1945 : le vrai suicide de l’Europe. C’est surtout à partir de ce moment que l’expression devient la plus juste. Entre 1914 et 1945, l’Europe se détruit dans deux guerres totales. La Première Guerre mondiale ravage les grandes puissances européennes, ruine leur économie, détruit des empires entiers, et affaiblit profondément leur domination mondiale. La Seconde Guerre mondiale achève ce processus : les puissances européennes en sortent épuisées, dévastées ainsi que moralement et matériellement affaiblies. Le centre du système mondial n’est plus à Londres, à Paris, à Berlin ou à Vienne, mais à Washington et à Moscou. Dès 1947-1948, l’Europe est effectivement divisée entre une zone d’influence américaine à l’ouest et soviétique à l’est.
  7. Les deux guerres mondiales constituent le véritable suicide de l’Europe, parce qu’elles transforment le continent dominant en un terrain de guerre, de dépendance stratégique et de tutelle géopolitique.
  8. Il est important de comprendre les cas d’école du Suicide de l’Europe, et celui de son déclin relatif qui se poursuit. Ils sont encore plus riches en enseignements que le déclin de l’Empire romain. De toute évidence, les rivalités et les guerres dues au morcellement de l’Europe lui furent fatales ! Plusieurs nations concentrées dans un espace relativement restreint entraînent nécessairement une forte compétition. Cette compétition favorise la créativité et le renforcement des États, mais, sans une sagesse suffisante, elle conduit tôt ou tard à la guerre. L’Empire romain, le Saint-Empire germanique, l’Espagne, la France, puis l’Allemagne ont tous échoué dans leurs tentatives d’unifier l’Europe. Les causes principales furent le morcellement de l’Europe en multiples nations rivales et l’existence de forces hostiles durables : d’abord les peuples de barbares irréductibles, notamment les peuples germaniques face à Rome ; puis, plus tard, le Royaume-Uni, qui combattit sans relâche la puissance dominante du continent – l’Espagne, puis la France, puis l’Allemagne, puis l’URSS, et enfin l’UE et la Russie – par crainte de voir émerger à ses portes une immense et unique puissance européenne. Globalement : chaque innovation a rendu l’Europe plus forte, mais chaque guerre l’a rendue plus faible…
  9. Concernant le déclin relatif qui se poursuit, les causes apparentes sont multiples et complexes, mais les causes profondes sont simples : 1-La perte de confiance dans la Science et les institutions. 2- La perte de confiance dans l’avenir, dans l’Homme et dans la vie. 3- La perte d’ambition et de volonté d’aller vers l’Homme supérieur. Sans science, il n’y a ni puissance, ni compétitivité, ni richesse. Sans confiance dans l’avenir, il n’y a plus d’élan pour bâtir, créer et avancer. Et sans volonté profonde de s’élever, l’être humain glisse peu à peu vers les comportements les plus primaires, vers les plaisirs immédiats et vers l’animalité. Dans un monde en compétition, sans envie ni ambition de construire, de se dépasser et de s’enrichir, le déclin relatif est une conséquence naturelle.