ARCANE 67 :

La sortie de l'Afrique

Extrait d'Arcana Dei

" Il quitta l'Afrique, au temps des anciennes aubes "

           

          1. Il quitta l'Afrique, au temps des anciennes aubes,
            Quand la terre était vaste et le ciel, que mystère,
            Et l’énigme enveloppait bien plus que les microbes
            Il élargit son histoire, et il l’inscrit dans la poussière.
          2. Derrière lui brûlaient les plaines originelles,
            Les fleuves fraternels, les arbres du premier jour,
            Devant lui, l'inconnu pur, les pistes éternelles,
            Les forêts, les montagnes, et l'appel sans retour.
          3. Il marchait ; et le monde, immense comme un songe,
            Dépliait devant lui ses visages, ses échos…
            Chaque pas élargissait la nuit que l’homme ronge,
            Chaque horizon ouvrait des mondes nouveaux.
          4. Alors il vit monter, dans les brumes de l’Eurasie,
            Les mammouths chevelus comme des collines en marche,
            Leurs défenses traçant, dans l’air gris de la nuit,
            Des croissants de lune blanche au-dessus de la glace.
          5. Il vit les grands rhinocéros revêtus de tempête,
            Noirs sous les ciels de givre et lourds comme l’hiver ;
            Leur souffle était comme un nuage, et leur masse muette
            Semblait porter en elle un âge plus ancien que la pierre.
          6. Il vit rôder le lion des cavernes, féroce mais splendide,
            Avec dans ses yeux d’or, les crépuscules et la mort ;
            Et l’ours géant, debout comme une force terrible,
            Souverain des forêts, des grottes et du Nord…
          7. Puis plus loin, vers l’Orient, là où les terres se fragmentent,
            Il traversa des îles et des mers, là où les volcans abondent,
            Et il trouva des vivants nés d’une autre manière,
            Portés par leurs mamans dans d’étranges lanières !
          8. Là marchait Diprotodon, masse étrange et tranquille,
            Comme un songe de pierre arraché à la nuit ;
            Et les kangourous géants bondissaient sur les îles
            Avec le vieux ressort des légendes sans bruit.
          9. Puis vinrent les Amériques, tardives mais profondes,
            Où l’homme, au bout du froid, toucha d’autres rivages ;
            Et voici les mastodontes, antiques rois de ce monde,
            Qui faisaient trembler la terre partout sous leur passage.
          10. Il vit les paresseux géants, si lents et si bizarres,
            Immenses, enracinés dans l’ombre des grands bois ;
            Et les félins armés de sabres, comme sortis d’un cauchemar
            Passer comme la foudre entre le givre et les proies.
          11. Ainsi marcha sapiens, fils tardif de la cendre,
            Sorti d’Afrique un jour pour élargir le monde ;
            Et dans ses yeux mêlés de crainte et de tendre
            Passa toute la beauté des choses vagabondes.
          12. Il n’emportait rien, qu’un souffle et une flamme,
            Mais il reçut la neige, les forêts et les mers ;
            Et dans son pas naissant, dans sa petite âme,
            Entrèrent les grands esprits des animaux divers.
          13. Depuis, il garde au fond de sa mémoire obscure,
            Le mammouth et le lion, et le géant marsupial,
            Comme un vieux souvenir gravé dans sa blessure,
            Comme s’il était chargé d’être le témoin final.

            14. La mégafaune désigne un ensemble d’animaux généralement de grande taille qui vécurent en Europe et en Asie (mammouths 4 à 8 tonnes, rhinocéros laineux 2 à 3 tonnes, mégacéros 700 kg, lion des cavernes 350 kg, etc.), en Amérique (mastodontes 4 à 6 tonnes, paresseux géants 3 à 5 tonnes, tigres à dents de sabre 300 kg, …), en Australie (diprotodon ou wombat géant 2 à 3 tonnes, kangourou géant 250 kg, varan géant 600 kg, etc.) et dans de nombreuses îles de la Méditerranée et d’Asie (éléphants et hippopotames nains, rats géants, cervidés, oiseaux, …). Ces animaux disparurent tous entre 50 000 av. J.-C. et 2 000 av. J.-C. Certains spécialistes mettent en cause surtout le réchauffement climatique : ils se trompent, c’est un facteur, mais pas le plus important ; dans beaucoup de cas les animaux auraient pu trouver des conditions de vie similaires en se déplaçant. D’autres spécialistes mettent en cause principalement l’Homme ; et ils ont raison, c’est le facteur principal ; les preuves sont innombrables, je n’en citerai ici qu’une : la coïncidence flagrante entre l’arrivée de l’Homme et la disparition de ces grands animaux, lents et impréparés à faire face à un prédateur si astucieux. À chaque fois que les humains arrivaient dans un endroit (Amérique, Australie, îles) quelques siècles plus tard les populations d’animaux étaient en déclin évident, voire déjà éteintes. Quand on dit l’Homme, il faut bien sûr entendre toutes ses activités : chasse, incendies, cueillette des œufs, etc.