ARCANE 243 :

Le trop d'informations

Extrait d'Arcana Dei

" Plus une connaissance touche à quelque chose de fondamental, plus elle peut devenir un point d’appui dans le chaos du reste."

  1. Pendant très longtemps, l’être humain a vécu dans un monde où l’information était rare. Les savoirs circulaient lentement, les enseignements étaient peu nombreux, les voix capables d’instruire étaient limitées, et l’esprit pouvait plus facilement discerner ce qui avait du poids. Il y avait de l’ignorance, bien sûr, parfois immense, mais il y avait aussi une certaine sobriété intellectuelle : peu de paroles, peu de livres, peu de données, et donc moins de confusion dans la masse même de ce qui se présentait à l’esprit.
  2. Aujourd’hui, la situation s’est inversée de façon vertigineuse. En une seule journée, l’humanité génère davantage d’informations que durant toute l’Antiquité.
  3. Mais cette abondance n’est pas synonyme de clarté. Car l’information qui nous submerge n’est pas homogène : il y a du vrai et du faux, de l’essentiel et de l’insignifiant, du clair et de l’ambigu, du rigoureux et du tortueux, du profond et du spectaculaire. Le flot ne distingue rien. Il apporte tout ensemble.
  4. Dès lors, une question devient centrale pour celui qui cherche réellement à comprendre le monde : comment se guider ? Quelle boussole utiliser dans cet océan sans rive ? Comment faire le tri sans consacrer sa vie entière à séparer l’or de la boue, le solide du trompeur, l’important de l’accessoire ? Car si l’on voulait examiner une à une toutes les affirmations qui nous entourent, il faudrait davantage qu’une existence humaine pour y parvenir.
  5. C’est pourquoi la première nécessité n’est pas d’accumuler encore plus d’informations, mais de former un esprit capable de juger. Il faut développer une pensée critique, logique, attentive aux arguments, au réel, à la cohérence. Il faut apprendre à demander : sur quoi cela repose-t-il ? Quelle est la preuve ? Quel raisonnement mène à cette conclusion ? Est-ce compatible avec le reste de ce que nous savons ? La vérité n’est pas simplement ce qui se répète le plus fort, ni ce qui flatte nos préférences, ni ce qui nous impressionne : elle exige une discipline intérieure.
  6. Mais pour exercer cette discipline, il faut aussi un socle. On ne juge bien qu’à partir d’un terrain stable. Il est donc nécessaire de se constituer un bagage de connaissances parmi les plus universelles, les plus fondamentales, les plus directement enracinées dans l’expérience. Commencer par ce qui nous entoure et que nous pouvons observer nous-mêmes : le vent, la pluie, les arbres, le mouvement, la chute des corps, la chaleur, la lumière, la gravité, les cycles du vivant. Ces réalités premières ont une force particulière : elles ne dépendent pas des modes, des opinions ou des manipulations, elles s’imposent par l’expérience même.
  7. Puis il faut élargir ce socle vers d’autres connaissances universelles, qui ne valent pas seulement pour l’être humain, ni seulement pour une époque, mais pour la structure même du réel : l’atome, la molécule, l’énergie, les lois physiques, le comportement des animaux, l’ordre naturel des choses.

La Nature vous enseigne toujours La Vérité.

  1. Plus une connaissance touche à quelque chose de fondamental, plus elle peut devenir un point d’appui dans le chaos du reste.
  2.  Ensuite, il faut chercher à comprendre l’esprit humain. Car une immense partie des informations qui nous assaillent concernent des êtres qui pensent, croient, désirent, manipulent, interprètent, idéalisent, mentent ou se trompent. Comprendre l’humain devient alors indispensable si l’on veut plus tard interpréter l’histoire, la géopolitique, la société, les idéologies, les récits et les conflits. Sans cette connaissance du fonctionnement humain, on reste vulnérable à tous les brouillages.
  3. Autrement dit, celui qui veut chercher la vérité aujourd’hui ne peut pas se contenter d’être curieux. Il doit devenir solide. Il doit s’armer intérieurement. Sans cela, il sera emporté par le trop-plein d’informations comme une feuille dans une tempête, ballottée au hasard des vents, incapable de savoir d’où elle vient, où elle va, ni quelle force la pousse.
  4. Il faut le reconnaître : cette tâche est difficile. Elle demande une énergie initiale, une rigueur, une persévérance que tout le monde n’a pas au même degré. Dans notre époque saturée de données, seuls les esprits les plus forts, ou ceux qui travaillent sur eux-mêmes pour le devenir, parviennent à se doter d’assez de structure intérieure pour se guider eux-mêmes. Non pas parce qu’ils savent tout, mais parce qu’ils ont appris à s’orienter. Et peut-être est-ce là, aujourd’hui, la véritable intelligence : non pas tout absorber, mais savoir sur quoi s’appuyer pour ne pas être englouti.

12. La vraie sagesse consiste à saisir l’essentiel dans la complexité du réel.