ARCANE 185 :

La Musique 

Extrait d'Arcana Dei

" Tu viens, douce et souveraine,
Poser sur nos blessures une lumière que nul ne voit
Et que pourtant chacun ressent."

1. Musique,
Souffle sorti des profondeurs de l’âme,
Source douce et paisible, source éternelle,
Où vient s’abreuver
Ce qu’il y a de plus grand en l’homme.
2. Tu n’es point seulement un art,
Ni le jeu savant des mains,
Des cordes et des voix ;
Tu es une porte entrouverte
Sur ce qui tremble derrière le monde.
3. Quand la terre est lourde,
Quand les jours sont de pierre,
Quand le cœur se fatigue
De porter le poids obscur des heures,
4. Tu viens, douce et souveraine,
Poser sur nos blessures une lumière que nul ne voit
Et que pourtant chacun ressent.
5. Tu prends la peine humaine, et tu la changes en élan ;
Tu prends les larmes, et tu leur donnes des ailes.
6. Tu prends les mots et les sons,
Tu les mélanges dans l’essence divine
Et tu les fais parler plus haut
Que tous les discours des hommes.
7. Par toi, la tristesse devient noble,
L’amour devient vaste,
Le souvenir devient vivant,
Et l’espérance renaît à la vie.
8. Car tu élèves ; oui, tu élèves l’esprit
Au-dessus du bruit, au-dessus de la poussière,
Au-dessus des calculs froids, jusqu’à ces régions intérieures
Où l’être humain se rappelle qu’il n’est pas né seulement pour survivre,
Mais pour sentir, comprendre, aimer, contempler ;
9. Et l’âme, en t’écoutant, devient plus grande que le corps,
Elle se redresse, elle se souvient de son ciel,
Elle reconnaît en elle quelque chose d’ancien, de pur.
10. Tu es la compagne des solitaires,
La consolation des exilés,
Le feu discret des amoureux,
La prière de ceux qui ne savent plus prier.
11. Tu traverses les peuples, les siècles, les ruines,
Sans perdre ta jeunesse,
Car ce qui naît du plus vrai de l’homme ne vieillit jamais.
12. Un chant peut relever un cœur brisé ;
Une note peut rouvrir tout un passé ;
Une voix peut rendre à un être
La force de continuer encore.
13. Et parfois, dans un refrain très simple,
Dans quelques mots presque murmurés,
Il y a plus de vérité vivante
Que dans bien des livres orgueilleux.
14. Musique, tu fais de la peine une beauté,
Du chaos une forme, de la chair une vibration,
Et de la vie passagère un instant d’éternité.
15. Que serait l’homme sans toi ?
Une lampe sans flamme, un ciel sans étoiles,
Une mer sans profondeur,
Un temple privé d’écho.
16. Mais avec toi, même le plus humble instant
Peut devenir immense ;
Même une âme blessée
Peut retrouver le chemin du sublime.
17. Reste donc parmi nous,
Voix des joies anciennes,
Messagère des mondes invisibles,
Échelle de sons dressée entre la terre et l’infini ;
18. Rappelle à l’homme, lorsqu’il s’égare,
Qu’il porte en lui plus haut que lui-même,
Et qu’au cœur même de sa nuit
Demeure encore une harmonie.